L'apport des récits cyberpunk
à la construction sociale
des technologies du virtuel


par André-Claude Potvin
« We ought to make backups of our society before jumping into the black hole of virtuality »
– Bruce Sterling, interview, 19-9-1995 .


Introduction

I - LE CYBERPUNK : UNE INTRODUCTION

1. Beatniks, hippies, punks : l'imaginaire social
2.
La cybernétique, ou l'imaginaire technique

Les conférences Macy

Aux États-Unis, à la suite de la deuxième Guerre mondiale, les sciences sociales vécurent une période faste en terme de nombre de praticiens, de financement, de prestige et d'influence auprès des pouvoirs publics et privés américains. Elles vont convaincre les élites que la société a besoin des sciences sociales pour tirer les bonnes leçons du conflit monstrueux qui venait de se terminer.

Toutefois comme l'explique Heims, le climat d'après-guerre sera teinté d'un grand conservatisme sur les campus américains. Les critiques sociales seront bannies de certaines facultés. L'attitude générale est à une hostilité envers toute innovation sociale, dont le communisme. La guerre froide a son «front» académique. Le MacCarthisme et la «chasse aux sorcières» communistes prennent le devant de la scène. Dans les universités, les membres facultaires suspectés d'être communistes seront dénoncés par leur pairs. Les établissements créent même dans certains cas des comités d'enquête pour protéger leur réputation d'intégrité.

Le milieu scientifique est contraint de suivre ces règles, puisque comme le souligne Heims, «basic science was and continues to be lavishly supported by the weapons establishment because it had understood full well that "basic research, being but the applied research of tomorrow, is the key to technological progress" ». Les sources de financement voient la sociologie comme un simple instrument de la politique d'État.

C'est dans ce climat que les scientifiques, partis sur les champs de bataille en Europe ou en Asie, reviennent au pays. Plusieurs chercheurs des sciences naturelles et sociales auront vécu ensemble la guerre, apprenant à travailler en équipe. C'est ce petit noyau de collaboration interdisciplinaire, qui a germé pendant la guerre, qui éclatera pour devenir le groupe des cybernéticiens. Car au-delà de l'optimisme technocratique de l'époque, un espace sera consacré à des nouvelles recherches, à de nouvelles idées. Sans la guerre et le climat d'après-guerre, ce regroupement n'aurait peut-être jamais eu lieu.

Dès avant 1942, c'est-à-dire avant que les États-Unis s'engagent dans le conflit, de nouveaux courants théoriques avaient été initiés. La psychologie clinique dérivée des travaux de Freud a toujours beaucoup d'adeptes, tandis que la psychologie académique s'engage dans ce qu'on appelera le néo-behaviorisme. Le behaviorisme strict de John Watson sera modifié pour devenir une psychologie qui aide à prédire et contrôler le comportement. Ces recherches intéresseront beaucoup les technocrates américains. Mais l'attrait de ces courants sera affaibli peu à peu au courant des années 1950, où ils seront remplacés par «les idées de la cybernétique, des modèles computationnels des processus cognitifs et de la théorie de l'information».

Les chercheurs de plusieurs disciplines (des théoriciens du champ quantique, le Phage group, des mathématiciens, des ingénieurs, des physiobiologistes) tissent les premiers liens entre les sciences sociales et behaviorales (psychiatrie, psychologie). Un groupe d'hommes et de femmes forment alors un réseau d'échange scientifique. Parmi ceux-ci on retrouve les mathématiciens Norbert Wiener et John Von Neumann, les ingénieurs Julian Bigelow et Claude Shannon, les neurobiologistes Rafael Lorente de Nó et Arturo Rosenblueth, le neuropsychiatre Warren McCulloch et le physicien Walter Pitts.. De 1946 à 1953 une série de conférences, les conférences Macy, réuniront ces scientifiques. Une poignée d'autres chercheurs provenaient aussi des sciences sociales : Lawrence Frank, Margaret Mead et Gregory Bateson. Ceux-ci, contrairement à Wiener, n'étaient pas des dévots de l'approche behavioriste, mais ils faisaient partie du mouvement personality and culture.

Certains membres suggérèrent que leurs concepts développés en génie ou en biologie acquièrent une signification plus générale, pouvant même servir d'outil à une synthèse transdisciplinaire qui pourrait être d'un grand intérêt pour les chercheurs en sciences sociales. Ces derniers pensaient que «certains concepts de la cybernétique pouvaient servir à développer d'autres cadres conceptuels en sciences humaines et aider à donner un peu plus de rigueur à leurs disciplines».

Le nouveau paradigme de la communication
Cybernétique et pensée politique
Réappropriation publique des inventions
De l'importance de la morale

3. La science-fiction, ou l'imaginaire créatif

II - LES LECTURES DU CYBERPUNK

1. La lecture biologique : le corps physique
2.
La lecture socio-politique : le corps social

III - LE CYBERPUNK, HAUT-PARLEUR D'UNE SUBJECTIVITÉ NOUVELLE

Conclusion


© Copyright 1997 André-Claude Potvin, Tous droits réservés